Discours des vœux
08 janvier 2026
Philippe GARO
Président UMRT

Nous sommes ravis de vous accueillir sur ce navire ce soir à l’occasion des vœux de notre Union Maritime de la Rade de Toulon, sur ce beau navire « VISION DES MERS » de nos amis des Bateliers de la Rade qui a subi un beau refit.
Nous remercions Christophe, Yves, Bruno et toute l’équipe de l’armement car nous savons que le timing chantier a été bouleversé pour que ce navire soit prêt ce soir.
Un grand merci à vous tous.
Que dire ?
Que dire pour faire le bilan de 2025 et pour se projeter en 2026 ?
Si nous étendons notre vision au-delà de notre territoire et même au-delà de nos frontières il est une évidence que de souligner que nous vivons dans un monde en tension.
L’équilibre existant depuis 80 ans se rompt sous nos yeux.
Le monde est donc rentré dans une phase de rupture et de bouleversements :
Résurgence des empires : Russie, Chine et, dans une moindre mesure, la Turquie
Nous voyons les Etats-Unis par la volonté de leur président opérer un tournant à 180° de leur politique internationale qui se caractérise désormais par un unilatéralisme assumé avec ainsi un rejet du multilatéralisme et un pragmatisme que je qualifie de brutal, centré sur les seuls intérêts américains.
Je pense ici notamment aux droits de douanes et, en politique internationale, aux interventions comme celle qui vient de se dérouler au Vénézuela.
L’Europe est affaiblie et ne réagit pas ou peu :
parce qu’elle ne parvient ni à décider, ni à agir,
parce qu’elle est divisée,
parce qu’elle est lente, voire engourdie dans une bureaucratie lourde.
Un des vœux pour 2026 serait sans doute qu’elle soit l’année d’une prise de conscience par les dirigeants nationaux et par les peuples européens de l’urgence extrême de la situation.
Nous vivons ainsi une nouvelle révolution copernicienne de la représentation de notre monde.
La projection Mercator des cartes géographiques situant l’Europe au centre du monde pourrait peut-être, dans un élan de déterminisme géographique, disparaître au profit des empires que j’ai évoqués.
Le président américain ne serait sans doute pas contre cette nouvelle vision si les Etats-Unis et le continent américain se retrouvaient au centre de nos planisphères…
Le monde maritime évolue au sein de tous ces bouleversements.
Or, le monde maritime garde une importance considérable.
En effet, le transport maritime représente quelque 80% du commerce mondial en valeur et 90% en volume avec des cargaisons aussi diverses que les vracs liquides, vracs secs, produits manufacturés en conteneurs, véhicules, etc.
La flotte mondiale de commerce compte désormais 95.000 navires marchands (dont 40% sous pavillon asiatique…) et avec des commandes de nouveaux bâtiments propulsés au GNL ou à l’hydrogène représentent 25% du carnet global, témoignant d’une accélération vers la décarbonation du secteur.
Ces tensions, ces bouleversements mondiaux, entraînent une focalisation grandissante sur le maritime ; en d’autres termes nous entendons de plus en plus parler du maritime.
Quelques exemples :
- Le maritime est en effet au centre du problème du transport de pétrole russe qui est sous embargo avec ce qui est appelé la « dark fleet » (quelques 900 navires dans le monde)
- Nous pouvons citer la conséquence des attaques des Houtis en Mer Rouge qui obligea les navires à passer par le canal du Mozambique et non plus par le canal de Suez
- Nous pouvons encore citer la route maritime du nord, conséquence du réchauffement climatique et la fonte des glaces. Cette route traverse les eaux arctiques le long de la côte septentrionale de la Russie et constitue la voie maritime la plus courte entre l’Europe et le Pacifique. A titre d’exemple, la distance entre Shanghai et Hambourg passerait à 14.000km contre 20.000 km actuellement par le canal de Suez. La Russie a commencé la création de structures portuaires le long de cette route maritime et en 2018 la Chine a publié sa politique arctique où cette région a été intégrée au projet des nouvelles routes de la soie
- Nous pouvons enfin citer les attaques de câble sous-marins comme, une nouvelle fois ces derniers jours en mer baltique avec la destruction successive de plusieurs câbles chargés d’acheminer le trafic Internet et les télécommunications.
Le grand public a d’ailleurs découvert que plus de 90% de l’internet passait par ces câbles sous-marins. J‘en profite pour saluer ici les représentants d’Orange Marine, entreprise à la pointe de la pose et de la réparation de ces câbles sous-marins, qui est un leader mondial dans ce domaine avec sa base à La Seyne-sur-Mer et qui a très récemment procédé à l’atterrissement du système Medusa avec ce câble de 1.050km reliant Marseille et Bizerte.
Dans ces bouleversements et ces tensions que devient la Mer Méditerranée ?
Carrefour entre l’Europe, l’Afrique et le Moyen-Orient, la Méditerranée demeure un espace et un enjeu d’affrontements et nous devons faire face dans cet espace à des défis importants :
Les défis géopolitiques, sécuritaires, migratoires, mais aussi le défi des énergies car la Méditerranée est notamment une voie d’accès essentielle aux hydrocarbures du Moyen Orient et du Golfe persique ; de surcroît, les explorations d’hydrocarbures effectuées ces dernières années ont révélé la présence de gisements offshore de pétrole et/ou de gaz naturel.
Les découvertes de gaz naturel dans l’est de la Méditerranée sont une source de tensions entre les puissances régionales. Il convient ici de savoir que tous les acteurs régionaux ont signé la Convention sur le droit de la Mer sauf la Turquie et beaucoup de points d’achoppements subsistent avec l’existence d’accords régionaux comme l’accord maritime turco-lybien de 2019 auquel la Grèce et l’Egypte ont répondu en août 2020 avec un traité de délimitation maritime. Tout récemment, le 29/12/25, la Turquie a exprimé sa volonté de signer un accord bilatéral en 2026 avec la Syrie pour lancer des travaux d’exploration énergétique en Mer.
Ces problèmes sont à notre porte. Il est nécessaire d’avoir conscience des enjeux régionaux car tout déséquilibre ou conflit régional dans cette zone impacterait la Méditerranée occidentale.
Ainsi, la situation internationale n’inspire pas un grand optimisme pour l’année 2026.
Toutefois, nous devons rester positifs.
Nous vivons dans un territoire méditerranéen économiquement dynamique et le maritime y a une part très active.
La rade de Toulon en est un bel exemple.
En effet, comment vit notre rade ?
Nos terminaux travaillent bien.
Les services portuaires sont au diapason de cette bonne activité, je veux parler ici notamment de la capitainerie, du pilotage, du lamanage, du remorquage et des membres de la désormais nouvelle société portuaire
- Les trafics sont bons. Déjà, en 2023, les trafics de cargaison avaient augmenté de 30,8% par rapport à 2022.
Nous avons constaté une augmentation de 135,6% de l’activité cargo (vrac et véhicules neufs) avec 98 escales pour l’année 2025
Petit clin d’œil ici aux agents, transitaires, manutentionnaires et commissionnaires pour ce « good job » !
- Alors que la mer Méditerranée est le deuxième bassin mondial de croisières, après les Caraïbes, ce qui génère d’importants flux de passagers et de devises, en 2025, nous avons accueilli plus de 490.000 croisiéristes sur le territoire (+83% par rapport à 2024) avec une centaine d’escales de navires de croisières.
Les investissements de TPM au quai croisières avec le nouveau bollard notamment, tout comme le travail commercial effectué par les équipes de la CCIV ont payé.
Nous les en remercions tous.
- Nos trafics pour la Corse ne sont pas en reste avec une augmentation de 12% pour les passagers avec 920 escales, soit moins d’escales mais plus de passagers.
Bravo aux Equipes de Corsica Ferries !
- La Méditerranée, c’est aussi le grand yachting qui bien présent dans notre rade.
C’est plus d’1milliard d’euros en région sud et plus de 10.000 emplois. Comme le titrait le journal LE MARIN en septembre dernier, le grand yachting, continue d’échapper aux grandes crises du monde, les géants de la tech ayant remplacé la clientèle russe et avec 98 unités neuves furent livrées en 2024 et 90 en 2025.
Je salue ici toutes les entreprises de l’UMRT travaillant dans ce secteur plus que dynamique les agents, motoristes, les chantiers de réparation, de refit, de constructions, etc.
Notre rade a la particularité d’avoir une multi-activité maritime.
L’ensemble représente plus de 2.000 emplois directs et indirects pour un CA avoisinant les 300M€.
L’activité économique maritime se porte bien dans notre rade.
Pour notre part, nous remercions les autorités publiques et la CCIV pour les bonnes relations que nous avons développées. C’est, pour nous, un point extrêmement positif d’avoir une vraie concertation et des échanges constructifs.
Nous soumettons et défendons nos idées, c’est notre rôle.
Nous pouvons ne pas être d’accord sur tout, c’est naturel mais le dialogue est toujours une source de bon fonctionnement entre le public et le privé et c’est dans cette voie que nous nous inscrivons.
Pour conclure, quel avenir ?
Nous avons désormais une société portuaire dont je salue ici les représentants et, notamment Mme Anne-Cécile Larger, directrice générale de la SP et son président M.Robert Cavana.
Nous savons que la société portuaire va conduire une première phase d’investissements de 35 millions d’euros sur 5 ans et nous nous en félicitons.
Nous nous étions déjà félicités du travail concédant / concessionnaire pour l’installation du système de branchement électrique des navires à quai (CENAQ) qui a fait d’ailleurs de Toulon le seul port européen avec Malte capable de brancher des navires de croisières à quai.
Nous avons également noté les importants travaux de stabilisation des fonds au quai de la Corse et au quai Minerve, travaux qui vont se poursuivre dans une dimension beaucoup plus importante au quai Fournel.
J’ai parlé des tensions mondiales ont relancé les politiques de défense ; or, je ne vous ferai pas l’injure de rappeler que Toulon est le premier port militaire européen et je remercie une nouvelle fois les représentants de la Marine Nationale d’être présents ce soir.
Comment dès lors ne pas parler de ce chantier majeur, très positif pour le territoire, qui est le chantier du PANG.
C’est un chantier qui peut être qualifié de colossal.
Nous sommes conscients qu’il va falloir combiner les activités actuelles avec le chantier.
Nous souhaitons également que ce très gros chantier puisse aussi avoir des retombées positives pour les entreprises du maritime.
Nous avons proposé la mise en place d’un groupe d’échanges avec les autorités publiques et militaires pour travailler ensemble tout au long de ces années de travaux. Il nous est en effet apparu utile de pouvoir discuter régulièrement, dans un esprit de collaboration et de partenariat des évolutions du chantier, de la cohésion et de l’entente des activités économiques existantes avec celles du chantier. Nous sommes heureux que notre idée ait été perçue positivement.
Voilà les propos que je vous voulais tenir devant vous ce soir au nom de notre Union Maritime forte désormais de 32 entreprises.
Je tenais aussi à remercier Christophe Deschodt, Directeur de Chess Maritime et pilote du port pour la création de notre site internet, pas tout à fait terminé mais merci à Christophe pour ce beau travail.
Permettez-moi de vous souhaiter une excellente et très belle année 2026 pour vous et vos proches et que le monde maritime militaire, public et civil continuent de bien se porter.
Je vous remercie de votre attention.

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